Publié dans Livres

« La colline aux genièvres » de Jacques Tardieu


Livre « La colline aux genièvres »

Nous sommes au siècle dernier au moment de la guerre d’Algérie et Jacques Tardieu, qui est Instituteur de son état, se fait muter dans un poste perdu posé sur une colline du «Quercy Blanc». Il est encore tout jeune enseignant et avant d’être appelé sous les drapeaux, il désire fuir intellectuellement les horreurs de ce conflit colonisateur durant quelques temps n’ayant, qui plus est, aucune passion pour la chose militaire.

Voyage initiatique s’il en est, Jacques Tardieu tombe amoureux de cette «colline aux genièvres» qui est un petit havre de paix juché à flanc de coteau aux fins fonds du département du Lot, dans une sorte de «trou du cul du monde» comme on dit aujourd’hui, avec une petite église entourée d’un cimetière, une Mairie-Ecole et deux ou trois maisons.

A peine romancé, en ayant pris soin de transformer quelques noms de lieux et de personnages contemporains, ce livre autobiographique est remarquablement écrit.

Jacques Tardieu nous convie au sommet de la colline avec toute son âme de poète et sa sensibilité d’écrivain. Il nous fait partager sa joie de vivre en toute liberté, en n’appartenant à personne d’autre qu’à lui-même, tout en exerçant son beau métier. Une écriture qui génère des rêves d’enfants, dans une fusion totale entre les mots employés et le vécu de l’auteur.

Tardieu sait nous plonger dans l’univers de «la grande maison» (l’Education Nationale) faite de rigidités.

Son écriture subtile permet au lecteur, à chaque tournant de page, de se délecter ici et là des images d’encriers en faïence et du bruit de la craie sur le tableau noir… souvenirs lointains de notre enfance en blouse grise et culotte courte.

Jacques Tardieu tombe amoureux de ce village déserté et tellement reculé. Il s’émerveille du bruit que fait le vent qui s’engouffre dans le bec du coq de la girouette perché au zénith de la vieille église au toit d’ardoises, d’un coucher de soleil sur la vallée et du pelage fauve des lièvres.

Son métier de Maître d’Ecole, il l’exerce avec toute sa passion et toute sa foi.

Homme aux goûts simples, passionné par le silence ainsi que par la nature profonde et la chasse, il réussira là où tous ses prédécesseurs ont pu échouer. Il restera dans cette toute petite commune jusqu’à son service militaire, avec l’idée d’y revenir dès sa libération, pour emmener ses chers petits et peu nombreux élèves de sa classe unique jusqu’au certificat d’études primaires.

Il raconte à merveille les soirées paysannes passées autour de la table familiale de ces braves gens qui lui proposent le couvert, à l’époque où on jouait encore à la belote en se parlant, avant de connaître cette satanée télévision qui nous fait devenir complètement autistes et égocentriques, derrière ce petit écran qui nous coupe du monde et parfois de la réalité.

Tout est vrai, tout est beau jusqu’au point d’avoir l’hallucination olfactive d’un instant en percevant une lointaine odeur de lavande ou de sentir le parfum d’un grain de chasselas qui explose en bouche, nous livrant ce concentré d’élixir de soleil. Tardieu nous inciterait presque à partir en pèlerinage, sur place, pour aller vivre ce qu’on ressent déjà dans son livre. Notre imaginaire fait soudain le voyage et s’enivre des senteurs des fleurs de cette lourde terre, aux effluves de melons.

Jacques Tardieu est un doux poète qui sait savourer tous les bienfaits de Dame Nature, autant qu’il apprécie une bonne bouffarde en fin de repas.

Jacques est aussi un peintre amateur qui fixe sur ses toiles de jolis paysages ou de vieilles pierres, dans un décor fait de verdure et de maisons à pigeonniers.

Un livre passionnant à découvrir pour les amateurs d’authenticité et de ruralité, un retour aux sources dans une nature encore préservée.

La Colline aux genièvres
de Jacques Tardieu
aux éditions « La Lauze »

Auteur :

Chroniqueur libre et indépendant, mais pas dupe sur la définition du mot liberté. Je suis un paresseux pathologique, n'acceptant pas les critères de performance imposés par notre Société. Rebelle qui respecte sa vraie nature, en se laissant vivre parfois dans le rêve.

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