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«CHEZ LA MERE 6 SOUS» AU SIECLE DERNIER

12 Août

« Chez la Mère 6 Sous » à Vannes

De Montmartre à Vannes il n’y a qu’un pas à franchir allègrement, grâce au T.G.V., pour retrouver cette atmosphère particulière qui nous fait souvent faire un bon dans un passé pas si lointain.

Le « Vieux Vannes » se trouve au-dessus du port de plaisance, derrière remparts et jardins. On pourrait s’imaginer, tout comme au Moyen-Age, déambuler à cheval à travers les ruelles étroites et pavées qui partent de la Cathédrale et serpentent entre des maisons à colombages. On y retrouve commerçants et artisans locaux, artistes de rues et saltimbanques, peintres et musiciens.

Mais la comparaison avec Montmartre s’arrête ici, car l’air qui nous fouette le visage vient tout droit du large et de ce magnifique Golfe du Morbihan, en Bretagne Sud. Une bonne odeur d’iode et de goémon nous vivifie, tout comme les embruns marins. Le cri des mouettes et des goélands devient une douce musique. Sur le panneau d’entrée de la ville, Vannes est écrit en Français et en Breton (Gwened).

Vannes abrite quelques secrets, au fond de vieilles échoppes.

C’est rue Thomas de Closmadeuc, en 1999, que mon regard est attiré par une sorte de magasin d’antiquités aux airs de brocante ou d’un joyeux bric-à-brac qui semble regorger d’objets un peu désuets.

Mais en y regardant à deux fois, je découvre qu’il s’agit en fait d’un petit restaurant dont l’entrée est au fond d’un cul de sac. Il y a là quelques affiches et photos d’une autre époque, des bassines multicolores, des ardoises qui nous préviennent de ce que la « Vieille » nous propose à manger, tout en nous parlant de l’humeur du Patron. Des paniers en osier, des robes, des dentelles et des chapeaux sont fixés ici ou là.

Au fronton de l’établissement se trouve l’inscription : « Chez la Mère 6 Sous ». Tout cela ne ressemble pas à un restaurant Breton traditionnel, mais plus volontiers à une ginguette des bords de Marne.

Après avoir consulté le « menu ardoisier », qui recèle quelques saucissons, saucisses, tripoux, andouilles, rôtis, potées, poissons, moules et fruits de mer, tartines (je vous conseille « La Tartine du Curé » qui est copieuse) et quelques délicieuses tartes sucrées… je décide d’entrer dans l’établissement aux parfums d’antan, aux murs surchargés de tableaux et d’objets (on se croirait dans un Musée), aux chaises et bancs de bois, aux tables recouvertes de nappes à gros carreaux rouges et blancs et au petit bar plein de charme.

Je regarde le coin où je vais aller m’asseoir lorsqu’un individu vêtu de noir, la cinquantaine et les cheveux filasses poivre et sel m’interpelle en me disant : « Si tu n’es pas des impôts, je te souhaite la bienvenue ! ». Le ton est tout de suite donné et, comme je m’installe à mon aise, l’homme doit penser que je ne suis pas un « bandit de grands chemins » qui vient encore le ponctionner au nom de l’état français.

Lorsqu’il s’approche de moi, je remarque que le bonhomme est médaillé. Cette médaille aurait pu décorer la veste de l’Inspecteur Bérurier dans San Antonio, mais elle rayonne sur le revers du col de cette veste qui est portée à même la peau. C’est une rondelle de sauciflard, maintenue en place à l’aide d’une pince à linge en bois.

Cet homme est le patron, il se prénomme Jean et se fait appeler « Diego ». Son visage est un harmonieux mélange entre Kersauson, Higelin, Gainsbourg, Brel et Barrière. Autour de lui se presse une belle jeune fille aux airs de poupée de porcelaine, vêtue comme ma grand-mère et coiffée d’un chapeau. C’est elle que Diego appelle « La Vieille », mais des vieilles comme celle-là combleraient parfaitement mon quotidien.

« Chez la Mère 6 Sous » n’est certes pas un restaurant gastronomique, mais tout y est propre malgré ce grand fouillis. C’est un endroit à découvrir entre copains et copines, pour rigoler autour d’un plat convivial du terroir de France et d’une bonne bouteille de vin que Diego n’hésite pas à piquer aux clients de la table d’à côté pour vous offrir un verre à bon compte.

L’ambiance générale est au folklore et à la moquerie, comme dans les cabarets montmartrois d’autrefois où l’on invitait le « bourgeois de passage » à aller se faire voir chez Plumeau (ex-Auberge du Coucou).

En 2002, je retrouve Diego à Carnac-Plage où il a ouvert le même type d’établissement qu’à Vannes… et la « Vieille » de Carnac est aussi canon que celle de Vannes.

Le spectacle était toujours assuré par le patron, qui valait le déplacement à lui seul. C’était au siècle dernier, les prix étaient abordables et le dépaysement total.

Aujourd’hui Diego n’est plus à Vannes ou à Carnac, il paraît qu’on peut encore l’apercevoir sur certains marchés entre Baden et Auray.

Écrit par Philip Beaubaton

 

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