Publié dans Bretagne

Dom Joseph Bouleau : Hommage à mon ami le Moine


Celles et ceux qui l’ont connu s’en souviennent, Dom Joseph Bouleau était un des piliers de l’Abbaye Sainte-Anne de Kergonan à Plouharnel, dans le département Breton du Morbihan. Moine Bénédictin et Prêtre, il était la bonne figure de cette Abbaye de Saint Benoît et certainement le plus ancien habitant de cette magnifique Abbaye.

C’est de l’ami Joseph dont je vais parler, d’une longue et fidèle amitié de 40 années. J’avais 13 ans lorsque je fis la connaissance de Joseph Bouleau qui m’invita à faire une retraite spirituelle en l’Abbaye. Joseph n’était pas un adepte du bourrage de crâne, il pouvait écouter sans jamais juger. Il savait juste me conseiller et me donner certains éléments pour être un peu meilleur et ouvrir mon coeur aux autres. Il lui aurait fallu au moins deux vies pour me convaincre que l’Homme était fait à l’image du Père auquel il consacrait toute sa vie, alors que je pensais que l’être humain était mauvais par définition – moi compris – ce qui m’invitait à conclure que le Père ne devait pas être si bon qu’on le prétendait, puisqu’il laissait faire toutes ces guerres et toutes ces injustices dont était victime l’humanité toute entière.

Cependant je me trouvais en paix lorsque je partageais un peu de temps avec Joseph Bouleau et quelques repas avec ses frères moines, dans ce silence finalement plein de convivialité. Joseph Bouleau était un homme d’esprit et d’ouverture, il avait la belle tête de ces gens qui ont trouvé le sentier d’harmonie qu’ils cherchaient en eux. Quel pouvait bien être son secret pour en être arrivé à ce stade que l’on peut qualifier d’évolution personnelle ? A cela il aimait me répondre que sa foi était le seul et unique secret du chemin de la paix de son âme.

Joseph vivait dans l’espoir de connaître une autre dimension après sa mort. Est-il possible de trouver la sérénité et la plénitude dans une vie austère faite de pauvreté, de chasteté, de labeur, de prières et de privations, au fond d’une cellule monacale sans confort et en ayant pour tout vêtement une robe de bure. Comment pouvait-il bien faire pour vivre d’une manière épanouie dans ce dépouillement le plus total, le désintéressement et le détachement du plan matériel durant toutes les années de sa vie de Moine ? Existait-il véritablement quelque chose qui m’avait échappé ? Pourquoi tant de personnes, comme Dom Joseph Bouleau, l’Abbé Pierre ou Mère Thérèsa vouaient-ils toute leur vie aux autres et à la prière, en prétendant avoir trouvé la Vérité de ce que devrait être la vraie vie : partager, aider, pardonner et ne jamais rester sur une querelle ? Est-ce vraiment cela le but ultime de l’existence humaine ?

Tous les ans, Joseph et moi échangions nos vœux. Il s’inquiétait toujours de la santé et de la vie de ma famille, alors que sa propre santé n’était pas florissante, depuis ses problèmes cardiaques. Je ne l’ai jamais revu depuis l’été 2002 et lorsqu’il y a quelques jours, je me rendais à l’Abbaye Sainte-Anne de Kergonan pour aller le saluer et bavarder un peu avec lui, j’appris qu’il nous avait quitté le 13 mars de cette année à l’âge de 81 ans. Joseph Bouleau était un homme juste, au verbe doux et d’une grande bonté, un homme auprès duquel on pouvait se réfugier, un homme comme on aimerait en rencontrer plus souvent, parce qu’un personnage comme « Mon Vieux Joseph » (pour faire référence à la chanson de Georges Moustaki) ne pouvait laisser indifférent, qu’on soit ou non croyant ! Il était avant tout un être plein de compassion et d’humanité.

Lui qui appréciait beaucoup les symboles, je pense qu’il verrait dans sa mort une bénédiction du Ciel puisqu’il a quitté son corps de souffrance quelques jours avant la semaine Sainte et surtout durant les fêtes de la solennité de Joseph, son Saint Patron.

D’après ce que je sais il avait demandé au Seigneur, auquel il pensait sans cesse, de mourir le jour de sa fête. Doué d’une intelligence vive et d’une mémoire d’éléphant, Joseph Bouleau se souvenait de tout dans le moindre détail. Il me disait ne jamais m’oublier dans ses prières et savait qu’il avait une bien pénible besogne avec moi, le pauvre ! Nos conversations n’étaient pas religieuses et Joseph me donnait des conseils bienveillants, presque paternels. Il me racontait sa vie et moi la mienne, dans une confiance réciproque. Je voudrais tant que Joseph ne se soit pas trompé et que sa vie, consacrée à Dieu au travers de divers sacrifices, ait au moins un sens… quel gâchis si tout cela ne débouchait sur rien d’autre que le néant.

« Le Ciel sera si beau ! » est un petit opuscule que Joseph m’avait envoyé, avec ses vœux pour 2008, et qui traite de la mort et de l’après. Je n’avais pas compris, à l’époque, mais finalement ce petit cadeau était un message annonciateur de sa mort prochaine.

Adieu-vat Joseph, comme on dit dans la marine pour virer de bord, et merci mon cher ami d’avoir tout fait pour guider mes pas sur le sentier que j’ai abandonné depuis tant d’années. L’imbécillité des humains, la souffrance, la mort des enfants et toutes les inégalités terrestres ont eu raison de mon peu de Foi.

Si ton Dieu existe vraiment, qu’attend-t-il pour tout détruire et tout reconstruire dans la beauté, la paix et la justice !

Écrit par Philippe Chauveau-Beaubaton, le 02 octobre 2008, dans le Journal Le Mague

Auteur :

Chroniqueur libre et indépendant, mais pas dupe sur la définition du mot liberté. Je suis un paresseux pathologique, n'acceptant pas les critères de performance imposés par notre Société. Rebelle qui respecte sa vraie nature, en se laissant vivre parfois dans le rêve.

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