« Maman » par Thierry Paul Valette


tpv

Parce-que vieillir est une chance…
Et la liberté un devoir, la mémoire aussi….
6 Juin 1944 Opération DDay Overlord

Fragments.

Maman,

Quand j’ai senti ce vent de pluie pénétrant le ciel,
Je me suis précipité tout en en haut du Clocher qui dominait la baie de Colleville.
Dans le silence de son vaste empire.
Le soleil, tendre et pénétrant,
Qui chaque soir
S’endort aux soupirs des cormorans,
Semblait livrer sa dernière bataille.

Je fixais les nuages qui se rapprochaient de la falaise
Et s’élevaient face aux vieux remparts.
Comme de minuscules fourmis, désordonnés au loin,
J’apercevais les derniers marins qui remontaient leurs filets,
Les rares promeneurs qui s’agitaient plus vite que des pantins désarticulés.

Dans une symphonie de couleurs médiévales,
La peau du soleil d’ordinaire bronze doré aux teintes cuivrées,
Se recouvrait d’asphalte bleuté, de noix et de myrtilles.
Son regard injecté de rouge défiait
Dans une lumière électrique
Ces stratus et cumulus d’outre-tombe.

Ce soir la maman j’assistais aux noces du ciel et de la mer,
Et je savourais ce moment privilégié.
J’aurai voulu que mes yeux puissent dévorer le ciel dans son entier,
Que ma bouche croque ce savoureux biscuit de tempête .
Que mes mains d’argile
Touche cette mer saupoudrée
D’écume et de jade en fusion.
D’immenses vagues en colère
Se fracassaient contre les rochers.
Rappelant à ma mémoire
Ce 6 juin 1944

Ce soir la maman, je redevenais un enfant ,
Ton enfant
Mais un enfant
En pleur,
Fragile,
Abandonné,
Terrorisé,
Prisonnier entre deux générations,
Qui par ce sale et triste mois de printemps 44
Avait vu cette interminable grève gémissante avide de chair fraîche,
Assoiffée de sang chaud,
Cette plage grondante aux dantesques et impénétrables lueurs rougissantes
Jeter à mes pieds ces fragments de soldat démembrés,
Agonisants en cris , entre râles et douleurs décharnées.

Maman
J’aurais tellement voulu que tu sois la,
Si près de moi ce matin-là,
Que tu caches mes yeux d’enfants,
Que tu poses tes mains contre mes oreilles
Pour que je n’entende pas jusqu’à la fin de mes jours
Les bruits de ces mitraillettes qui percent les os et fendent les vies ,
Les bruits de ces obus qui explosent en cœur
Dans les cris et les pleurs et qui ne laissent derrière eux
Qu’une sale odeur de soufre, de puanteur et de chair brûlée.
Aujourd’hui encore viennent chaque nuit hanter dans ma mémoire ces terribles douleurs
Qui sans cesse me rappellent que non
Tu ne pouvais pas être la maman
Ce jour-là
Ce matin-là
Sur les plages d’Omaha

Parce-que du Vel d’ Hiv tu n’allais jamais rentrer.

TPV

 

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