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« Dernier baiser » par Thierry Paul Valette

15 Mar

Un matin mon père s’est réveillé
Comme un enfant apeuré.
De sa mémoire dépouillée,
Dans la nuit il s’était mis à pleurer.
Il a vidé ses armoires ,
Ses fonds de tiroirs,
Pris son dernier repas
De vieux sherpa.
Nu, sans bagage, en marche
Près de la gare Saintes-Eustache,
Sans billet il parfait en voyage
Et s’éloignait doucement de l’Ermitage.
Il portait le visage de la pauvreté,
Celui de toute son humilité
Qui s’efface et devient une vielle aquarelle
Que l’on jette comme ça à la poubelle.
Le long des réverbères,
Il y avait le bruit puis le désert
De ces silences blancs,
De tous ces passants absents,
De tous ces vertiges incessants,
De toutes ces mains d’enfants.
La nuit venait de tomber
Quand il s’est mis à pleurer.
Sur le sol encore mouillé,
Épuisé, il venait de tomber.
Son souffle peu à peu
Déjà disparaissait.
Du sang coulait
Du sommet de son front.
Sous les bruits vagabonds
D’une foule en dispersion,
Recroquevillé et le dos rond
Il ne cessait de demander pardon.
Ses larmes étaient pour sa mère ,
Une vielle dame usée et centenaire.
Dans un ultime râle d’homme condamné
Il lui demandait juste un dernier baisers.

Tpv
NS
Recueil Alzheimer 2017.

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