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« L’ère des antibiotiques est bien antérieure à 1928 » par Bruno Ressuche

02 Juin

«Imaginez que vous êtes en train de déballer une momie. Tout à coup, vous voyez une paire de lunettes de soleil Ray Ban dessus.» C’est ainsi que George Armelagos, anthropologue des coutumes alimentaires à l’université Emory d’Atlanta, a imagé cette découverte. Si Alexander Fleming découvre la pénicilline en 1928, l’ère des antibiotiques a commencé il y a au moins deux mille ans. En effet, en 2010, une équipe de chercheurs découvrait d’importantes doses de tétracycline dans les os de momies de l’ancienne Nubie. Alors qu’ils ne savaient pas ce qu’était une bactérie, les Nubiens connaissaient donc le moyen de lutter contre les infections. «Vu la quantité de tétracycline, ils devaient savoir ce qu’ils faisaient. Ils ne devaient pas savoir ce qu’était la tétracycline, mais ils savaient certainement que quelque chose leur permettait de se sentir mieux.» George Armelagos

D’où vient cet antibiotique antique ? Une bactérie appelée Streptomyces contamine le grain utilisé par les Nubiens pour fabriquer de la bière, et produit de la tétracycline pour tuer les bactéries concurrentes. Lorsque le grain fermente, la production augmente très fortement. Ainsi, en buvant leur bière, les Nubiens consommaient de la tétracycline en quantités importantes. Les bactéries non pathogènes du genre Streptomyces sécrètent de nombreux antibiotiques, agents anticancéreux, immunosuppresseurs, antifongiques, herbicides, insecticides et antiparasitaires. On peut supposer que la bière consommée à Mézières de tout temps avait les mêmes vertus médicinales, qu’on la nomme cervoise, barbaude, goudale ou queute.

« Prenez deux plantes du genre allium (ail, oignon ou poireau), ajoutez du vin et de la bile de vache. Mélangez, faites macérer dans une cuve en laiton, purifiez le tout, puis laissez reposer pendant neuf jours. Vous obtiendrez alors un divin cataplasme contre les orgelets. » Cette recette issue du Bald’s Leechbook, livre de médecine anglo-saxon du début du X° siècle, a fait ses preuves selon les microbiologistes de l’université de Nottingham. Aucun des ingrédients testés individuellement n’a suffi à combattre les bactéries mais, combinés selon la recette millénaire, ils ont éradiqué toutes les bactéries, des staphylocoques dorés.

Notons encore que la moisissure de pain comme celle du citron, lorsqu’elle est verte, est un concentré de pénicilline. Attention au pain de seigle dont la moisissure est l’ergot de seigle, l’acide lysergique dont fut extrait la drogue psychédélique des années 60, le LSD. D’un dosage malaisé, son usage ancestral par les sages-femmes pour accélérer la délivrance est attesté. Absorbé en excès, l’ergot de seigle provoque l’ergotisme dont l’appellation médiévale est mal des ardents ou feu de saint Antoine.

En 2017, une étude australienne sur la fixation de résidus alimentaires dans le tartre inter dentaire a montré qu’il y a 40.000 ans, Neandertal connaissait l’aspirine issue du peuplier, et la moisissure antibiotique.

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